Mon road trip sur la Ninety Mile Beach

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La Nouvelle-Zélande, c’est encore ceux qui l’ont fait qui en parlent le mieux. Carine a voyagé quelques mois entre les deux îles. Elle nous raconte l’une de ses plus belles aventures : un road trip sur la Ninety Mile Beach. Grands espaces et émotion garantis !

Si vous empruntez les chemins de Nouvelle-Zélande en direction du Far North, si vous visez le Cape Reinga, sachez qu’il existe une route invraisemblable qui vous y mènera : la Ninety Mile Beach.

Te Oneroa-a-Tohe – son nom Maori – la plage longe la côté ouest de l’île du nord dans son extrémité la plus septentrionale en direction du Cape Reinga. Ici, le Northland prend la forme d’un étroit couloir ; c’est la péninsule d’Aupouri. Les coups de fouet de l’océan Pacifique ne sont séparés des courants de la mer de Tasman que par une fine bande de terre d’à peine 10 kilomètres de large que les vents balayent sans ménagement. Te Rerenga Wairua – le Cape Reinga – en est le terme. Si votre carnet de voyage vous mène jusqu’ici, sortez de la route. Quittez le bitume. Longez la mer de Tasman et roulez sur le sable !

Ce n’est pas une route. Ni une piste. Ni même un chemin. Tout au plus un passage. Une voie naturelle ouverte par le front de la mer de Tasman qui dévoile à marée basse une large plage, parfaitement plane, parfaitement lisse, qu’il est possible d’emprunter sur toute sa longueur pour rejoindre le Cape Reinga. Plage la plus longue de Nouvelle-Zélande – près de 100 kilomètres – elle offre cette opportunité folle de sortir des sentiers battus et de se frotter aux éléments. À marée basse, un large corridor de plus 200 mètres s’ouvre et se dévoile sur 88 kilomètres. C’est la Ninety Mile Beach.

Un bon conseil avant le départ : connaitre l’horaire des marées

La seule chose à garder en tête, c’est l’horaire des marées. On ne s’engage sur la plage qu’à marée descendante. Et on s’en retire deux heures avant la montée des eaux. Sachez que la plage disparaît totalement à marée haute. La mer la recouvre jusqu’à lécher les dunes. Mettez le chrono ! Si vous avez bien calculé, vous avez entre deux et trois heures devant vous pour joindre les deux bouts. Juste avant de vous engager sur la plage, mettez votre compteur à zéro, ce sera un repère infaillible pour jauger la distance parcourue.

La Ninety Mile Beach est fermée sur son front terrestre par de hautes dunes de sable. Seules quelques pistes les coupent ici et là pour regagner le sentier côtier et reprendre la route principale. Ce sont vos sorties de secours ! Comme sur l’autoroute, ne manquez pas votre sortie, la prochaine est très probablement encore bien loin.

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4×4 ou voiture citadine ?

La piste est ouverte à la conduite. Le conducteur reste responsable de son véhicule et c’est à lui de veiller aux horaires des marées. Attention, préférez les 4×4 aux voitures lambda. Ce n’est pas du luxe ! L’accès à la plage est fermé par les hautes dunes et peu de passage permettent de les franchir pour regagner la route principale. Si vous avez un véhicule de location… warning ! Il est très probable que votre assurance ne vous couvre pas si vous vous plantez dans le sable. La plupart des compagnies de location interdisent d’ailleurs l’accès à cette voie. Vous pouvez également partir avec un opérateur. Des bus quittent Kaitaia, Ahipara et Bay of Islands et vous proposent différentes formules.

IMG_2712[1]Ne partez pas sans…

…une bonne pelle ! C’est le minimum syndical, car vous allez très probablement devoir creuser ! Entre la mer et les dunes, l’enlisement vous guette partout !  Si rouler sur la plage est délicat, sortir de la piste par les dunes reste le plus complexe. Ici, le sable est très fin et s’amasse sur de bonnes épaisseurs. Deux planches de bois pourraient aussi vous être salutaires pour vous glisser hors des sables. Sur le coup, vous ne rirez pas trop. On n’a pas trop rit. On a peut-être cramé notre plein d’essence à tenter des accélérations vives pour engager les roues sur deux planches enfoncées dans le sol. Mais pour nous ça reste un bon souvenir.

De Kaitaia à Cape Regina, en route sur la Nintey Mile Beach

La Ninety Mile Beach débute à Kaitaia, dernière grande ville avant le Cape Reinga. C’est le kilomètre zéro. Partir d’ici, c’est vous assurer de profiter pleinement de cette route mythique, de la tailler dans toute sa longueur. Pour moi, s’élancer sur la piste c’était comme me retrouver dans les startin’block au départ d’un cross. Mêmes sensations. La fermeture à tout ce qui m’entoure. L’isolement sonore. Le regard fixe. La dernière prise de souffle. Le cœur qui tabasse. Un petit pic d’adrénaline. C’est idiot, ce n’est pas une course. À tâtons, laissez-vous guider par les traces de véhicules préexistantes. C’est un excellent repère. Elles sont sûres et permettent de juger de la compacité et de l’humidité du sable. Des traces à suivre car les locaux empruntent assez volontiers cette route. Vous y rencontrerez des pêcheurs, des ramasseurs de coquillages. Ne vous étonnez pas si vous croisez le bus scolaire…

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Restez attentif aux mouvements de votre véhicule et sensible à la texture du sable.  Même si celui-ci vous semble ferme, des trous d’eau peuvent vous faire perdre le contrôle et vous lancer sur une série de tonneaux. De petits cours d’eau vous barrent la route. Pas de panique, ceux-ci sont parfaitement franchissables. Parcourir la Ninty Miles Beach, c’est comme réapprendre à conduire. Même avec toute l’assurance du monde, on n’échappe pas à ça petite dose d’appréhension et comme tout le monde, on attaque avec un timide 20 km/h. Et puis très vite vous allez décrisper le volant. L’euphorie va vous gagner. Vous aurez envie de poussez. Mais attention à la limitation de vitesse : 100 km/h. Si vous vous sentez pousser des ailes par tant de liberté et de folie, des carcasses de voitures vous rappelleront à temps qu’un instant de déconcentration peut vous enliser.

S’approcher de l’eau n’est pas une bonne idée… Suivre de trop prêt le rivage, c’est prendre le risque de s’enliser. Dès les premières vagues, les remous des sables dérobent le sol et engloutissent les pneus. Mais c’est si tentant !

La notion de distance est floue. Le ratio espace-temps n’est plus très clair non plus. Impossible de voir où on va. Au fond, on s’en fiche bien. La route n’est pas si fréquentée que ça. C’est un instant en solitaire. Un peu angoissant. Mais jouissif. Cette sensation que le monde vous appartient est stupide mais bien réelle. C’est unique. Vous allez même crier sans savoir pourquoi. Il y a un peu de tout ça. Moi, j’ai vraiment cru que j’étais Christophe Colomb.

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Arrêtez de rouler un moment et…

  • Jouez avec les vagues : si votre planche est sur le toit de votre voiture, stop obligatoire ! C’est un excellent spot de surf.
  • Observez la faune locale : Si c’est un paradis pour les oiseaux, des chevaux sauvages vivent aussi ici. Ce sont les Kaimanawas. Descendants des chevaux domestiques apportés par les colons, ils ont repris leur liberté il y a cent ans et ont depuis adopté l’endroit. Vous serez chanceux de contempler leur fougue, leurs jeux, leur élan sur la plage !

Une atmosphère aérienne

Je sais ce que vous vous dites. «  De la plage, de la plage… on va vite avoir fait le tour ». C’est vrai. Ne vous attendez pas à une grande variété de paysage. Mais ce serait crédule de compter sur un effet de lassitude ! C’est prenant. Envoutant. Captivant. Tout est très horizontal, très linéaire. Vous fixez l’horizon. Les lignes de fuite se superposent. D’abord celle de la plage, celle du sable. Et puis celle formée par l’écume des vagues. La palette de couleurs est tendre, douce, pastelle. Les ocres du sable varient avec les rayons du soleil. Le bleu de la mer de Tasman se confond avec celui du ciel jusqu’à ne faire plus qu’un. L’atmosphère est aérienne, très sobre et épurée… une impression réelle d’immensité. Le vent vient se cogner contre votre voiture en la chahutant et vous souffle sur le visage. Car bien entendu, vous roulez la vitre ouverte ! Et du son ! Le rivage est assourdissant. C’est un fracas permanent. La vision est assez poétique. Il y a un peu de mélancolie dans tout ça. C’est doux. J’aime bien avoir un peu de musique dans ces instants. C’est l’évasion garantie. Ça intensifie nos sensations. La perception du voyage prend tout son sens. Pour moi, un bon vieux Neil Young est indispensable !

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« Y’a la plage qui se rétrécie ! »

Il était temps de le crier et de s’extirper de son nuage ! Complètement piégé et absorbé par l’irréalisme de l’instant, on n’a pas compté le temps. Jusqu’à réaliser que la plage s’est désertée de tout véhicule et qu’elle se rétrécit. Pour nous, il est plus que temps de sortir ! On a foncé pour trouver la prochaine sortie. Un petit coup de chaud au passage.

Et au bout du chemin… Te Paki

Arrivé à Te Paki, la piste s’étrangle entre le front de mer et les dunes. C’est le terminus de la Ninety Mile Beach. Mais le chemin ne s’arrête pas là pour autant. Hors de la plage, courrez vers les dunes de sables géantes ! Un désert s’est formé ici. Les occidentaux ont déforesté intensivement pour laisser place aux pâturages. Depuis, un désert de sable fin a pris place et laisse une vision très étrange, saharienne. Du sable fin, des dunes, une palette d’ocre et des nuits jamais profondément noires. C’est un terrain de jeu tout autant formidable qu’improbable ! S’élancer dans les dunes, les dévaler en courant ou sur une planche façon sandbording… comme des gosses ! Il est possible de louer des planches sur place. Vous n’entendrez que le bruit de la mer au loin. D’ailleurs vous pouvez l’apercevoir. C’est ça qui est troublant. Il fait chaud, le sable vous pique les jambes lorsque le vent le soulève et vous renvoi la chaleur au visage. Et pourtant, l’étendue bleue de la mer de Tasman apporte toute la fraîcheur de ses embruns. Contraste assuré.

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Cape Reinga : le bout du monde

C’est votre ligne d’arrivée. Seuls les voyageurs viennent à la convergence des océans. A part quelques Maoris attirés par la charge spirituelle des lieux, personne ne vit ici. La tradition légendaire raconte que les âmes quittent le monde des vivants ici pour rejoindre l’au-delà, vers Hawaiki, île mythique où les peuples polynésiens situent leurs origines. À l’extrémité d’un éperon rocheux s’élève un phare, marquant symboliquement la fin de la terre. Depuis ce belvédère, les courants s’entrechoquent au large. L’océan Pacifique vient s’unir à la mer de Tasman. Les vagues qui viennent du large s’entremêlent violemment et crée un remou d’écumes blanchâtre. Si ceux-ci se rencontrent, ils ne se mélangent pas pour autant ; la mer de Tasman conserve une couleur bleue-verte tandis que l’océan Pacifique impose un bleu profond. La frontière est réelle. Tout à coup, vous êtes petit. Insignifiant.

Curieuse sensation d’être arrivé au bout du monde. Ici, vous êtes à plus de 18 000 kilomètres de la France. Un antipode presque parfait pour goûter à cette délicieuse sensation de n’être jamais allé aussi loin, de ne pas pouvoir aller plus loin.

Prenez le vent, respirez bien fort !

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Merci à Carine pour son témoignage et ses belles photos !

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